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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 22:48

Tu peux m'ôter le pain,

m'ôter l'air, si tu veux ;

ne m'ôte pas ton rire;

Ne m'ôte pas la rose,

le fer que tu égrènes

ni l'eau qui brusquement

éclate dans ta joie

ni la bague d'argent

qui déferle de toi.

De ma lutte si dure

je rentre les yeux las

quelquefois d'avoir vu

la terre qui ne change

mais, dès le seuil, ton rire

monte au ciel, me cherchant

et ouvrant pour moi toutes

les portes de la vie.

A l'heure la plus sombre

égrène, mon amour,

ton rire, et si tu vois

mon sang tâcher soudain

les pierres de la rue,

ris : aussitôt ton rire

se fera pour mes mains

fraîche lame d'épée.

Dans l'automne marin

fais que ton rire dresse

sa cascade d'écume

et au printemps, amour,

que ton rire soit comme

la fleur que j'attendais,

la fleur guède, la rose

de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,

du jour et de la lune,

moque-toi de ces rues

divagantes de l'île,

moque-toi de cet homme

amoureux maladroit,

mais lorsque j'ouvre, moi,

les yeux ou les referme,

lorsque mes pas s'en vont,

lorsque mes pas s'en viennent,

refuse-moi le pain,

l'air, l'aube, le printemps,

mais ton rire jamais

car alors j'en mourrais.

 

Pablo Neruda

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Published by Cristi Barbulescu - dans Histoires et poèmes
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